mardi 6 mars 2018

« L'amour sur le toit du monde » - Mary Laure Teyssedre

Editions : Roman auto-édité
Nombre de pages : 110
Année de parution : 2017

Quatrième de couverture :


« Chriss, enragé de la vie, part, en dépit du bon sens et de la maladie,
vers son rêve ultime, avec une mission bien précise...
Sur le chemin de son ascension, il domine ses démons et
offre au monde un magnifique cadeau... »

Ma première lecture : 14 juin 2017
Ma première rédaction de cet article : 06 juillet 2017

Ma seconde lecture : 22 février 2018
Date de publication finale de cet article : 06 mars 2018

C'est en avril de l'année dernière que Mary-Laure m'a contacté pour me proposer de découvrir son nouveau livre et premier roman : L'amour sur le toit du monde

Découpé en 4 parties, le roman débute sur une introduction de quelques pages qui nous explique l'histoire de ce « coeur en verre poli, rouge et or » que l'on peut voir en couverture. 

Dés la première page les mots de l'autrice sont touchants car infiniment personnels, ce coeur a été déposé tel un trésor lors de la cérémonie de clôture d'une de ses années d'études à l'institut Barbara Ann Brennan (NB: l'autrice est énergéticienne, Barbara Ann Brennan est la fondatrice de l'établissement « the school of healing » qui est le premier institut mondial de formation à la guérison par conscience énergétique) puis immergé d'énergie de guérison et d'amour par chacun des élèves énergéticiens et ensuite choisi par Mary Laure. Coeur, qui, 7 ans plus tard sera transmis à Chriss, son ami, sa rencontre « âme-icale » pour reprendre ses mots, lorsqu'il a décidé de suivre un de ses rêves les plus fous : escalader l'Everest.

La première partie nous raconte comment Chriss, un homme d'une quarantaine d'années, dont l'état de santé à ce moment donné était relativement faible, a choisi de suivre ce qui l'animait malgré les recommandations inverses de la médecine. Ainsi, après des semaines d'entrainement, il partira en expédition dans les montagnes, et se mettra au défi d'accéder à son rêve en partant à la conquête de l'Everest

« L'urgence de vivre ses rêves est en fait toujours MAINTENANT »

On le suivra durant le temps de son ascension, qui se révèlera bien vite revêtir des airs de course à la survie. Chriss passera à travers les drames, les peurs et un froid mordant presque littéralement invivable pour l'être humain.

Mais surtout, c'est l'espoir et la persévérance qui nous seront contés dans ces lignes. Tant intérieurement, avec la détermination dont il fera preuve pour aller au bout de son rêve, au bout de ses limites, pour se sentir encore vivant coûte que coûte qu'extérieurement grâce à une amitié, une humanité et une solidarité qui se dégage du groupe qui l'accompagne. Ainsi nous chemineront à ses côtés, au rythme des sacrifices que certains seront prêts à faire pour sauver leur prochain et des nombreuses cérémonies de bénédiction Bouddhiste, les pujas*, que des moines viendront leur offrir avant leur ascension, afin de les protéger spirituellement, des dangers qui les attendent.

Je me suis demandée, en apprenant dans ce roman que Chriss avait fini par parvenir au sommet de (son) l'Everest, si c'était sa force mentale qui l'avait conduit là, ou le destin. Après y avoir pensé beaucoup et après avoir relu ces mots, je pense sincèrement, qu'il s'agit sûrement d'un doux mélange des deux.

* Dans le Bouddhisme, la Puja est un rituel d'offrande à Bouddha ou à une autre déïté, elle peut avoir lieu chez soi par le biais d'un autel et d'offrandes telles que de l'encens, des denrées ou des fleurs fraiches, afin de bénir son intérieur mais aussi à l'extérieur -comme dans le roman- afin de bénir et de protéger une personne, un lieu ou un évènement à venir. C'est également une tradition que l'on retrouve dans l'Hindouisme, dans ce cas-ci il s'agira d'un rituel d'invocation visant à provoquer la descente de l'esprit pur d'une divinité à l'intérieur d'une image, d'une statuette ou de tout objet choisi pour l'accueillir. 

Dans la deuxième et troisième partie, on nous parle d'évolution, de passé, de famille et même plus, de généalogie. L'autrice dévoile une partie de son histoire familiale puis en vient à nous conter le passé de Chriss, cet homme pour qui gravir l'Everest n'a sûrement pas été l'épreuve la plus difficile au cours de sa vie.

On parle d'évènements terribles, d'une évolution personnelle en tant qu'humain qui s'est fait dans l'horreur et de l'impact destructeur que cela peut avoir sur une vie. On parle du manque d'amour et du manque de sécurité, de stabilité que cela peut engendrer. Sommes toutes, dans des conditions bien différentes, c'est toujours de survie que l'on parle.

« Difficile d'expérimenter l'amour quand on ne sait pas à quoi il ressemble »

Et puis l'autrice, au travers de l'histoire de cet homme nous évoquera un regret, un acte commis qui conditionnera le reste de sa vie car il la bouleversera, matériellement mais surtout psychologiquement car il ne se le pardonnera jamais complètement.

Un acte, un regret, qu'en tant que lectrice j'ai eu beaucoup de mal à accepter. De par le fait, sûrement, d'être trop consciente des conséquences que cela avait pu avoir. Ça n'est pas un hasard si il m'a fallu une seconde tentative et plusieurs mois de recul avant de parvenir à poser des mots sur ma lecture. 

Au final, c'est un récit qui nous parle de pardon, de regret et de rédemption. Un roman qui nous dit que les monstres n'existent pas, au même titre que le manichéisme bien-mal, qu'il s'agit toujours d'êtres humains que la vie a amené à agir ainsi et que si l'on prend le temps de creuser au delà du jugement sociétal, la réalité est toujours bien plus complexe. Ce sont une centaines de pages qui nous obligent à nous remettre en question, à voir plus loin que l'apparence de l'acte en lui-même. 

À la quasi fin du livre, l'autrice nous écrit, à propos de Chriss : « on aimera ou on détestera. Il espère que certaines personnes pourront transformer cela en ré-actions, en auto-interrogations, en jugements différents, en prise de conscience. » Après plusieurs mois de recul, après plusieurs conversations et de nombreuses interrogations, je pense sincèrement que cet espoir est entièrement atteint et qu'il n'y aurait pas pu avoir plus bel hommage envers cet homme, que l'écriture de ce roman.

C'est un véritable condensé d'espoir, de courage, de force d'esprit et pardon, humain comme karmique. Un roman qui -clairement- met son lecteur (et plus particulièrement sa lectrice) à l'épreuve, qui interroge sur nos schémas familiaux, sur notre façon de réfléchir et sur ce qui l'a construit, qui nous pousse à réfléchir à « comment on réagirai si... » mais qui SURTOUT nous prouve que chacun peut prétendre à avoir des rêves, à vouloir et à pouvoir aller au bout de ceux-ci.

Après en avoir discuté avec Mary-Laure, c'est vraiment le terme « challenge » qui m'aura le plus marqué à propos de ma lecture. L'amour sur le toit du monde est un récit de vie qui a été challengeant pour elle, deux fois, au moment de le vivre puis au moment de le rapporter par écrit puis qui l'aura été pour moi, lorsque pendant un voyage en train, je l'ai lu pour la première fois et que, de par mon histoire, de par celles de mes proches aussi, il m'aura fallu presque 8 mois avant d'accéder à un recul nécessaire pour accepter de le relire. Bien que court, il ne constitue pas une lecture simple, il questionne, il interroge, il secoue... Il challenge. Mais au final, n'est-ce pas ce qui compose une vie, les challenges ? 

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