vendredi 30 mars 2018

[ Extrait ] Âme de sorcière - Odile Chabrillac


« Il n'est pas si simple de définir la notion de liberté, en tout cas de manière positive. Oui, la liberté est une absence de contraintes souvent imposées par des tiers. Mais pas seulement. Elle est un ressenti, une confiance, de l'ordre de ceux que l'on peut avoir en son propre pouvoir. (...)

C'est en faisant appel à ce pouvoir intérieur, le nôtre, en l'utilisant pour nous transformer, pour transformer notre communauté et notre culture que nous nous sentons libres et puissantes comme jamais. Ce pouvoir n'a rien à voir avec la domination, l'exploitation. Il s'agit d'un pouvoir qui palpite en nous, le même que celui que l'on devine dans une graine, chez un petit enfant ; il s'agit d'une présence, une puissance que nous éprouvons lorsque nous faisons quelque chose que nous aimons - écrire, enlacer, accompagner, créer, choisir. Il ne veut rien anéantir. Il parle de naissance, d'engagement, de construction. Il est à entendre au sens premier du terme, qui vient du latin podere « être capable » . Nous le portons en nous, même lorsque nous ne le savons pas, nous en sommes les initiateurs, les initiatrices. Nous n'attendons plus qu'on nous donne un accord extérieur, nous ne sommes plus des enfants en quête d'approbation, d'autorisation, plus des victimes d'une histoire qui n'est pas la nôtre. Nous plongeons au coeur du monde, nous savons que nous faisons partie d'un tout, vivant, dynamique, interdépendant et interactif. Ce pouvoir intérieur n'est pas quelque chose que nous avons mais quelque chose que nous pouvons faire. Il est difficile de penser ainsi, car le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui est basé sur le contraire, sur l'autorité que détiennent certains individus et qui leur permet de contrôler les autres et de leur dire ce qu'ils doivent faire. (...) Il s'agit d'agir ensemble, de s'émanciper de nombre de faux semblant, de croyances erronées, de l'aliénation de ces images initiées par la société de consommation, ces « belles images » que nous proposent les magazines et la publicité que Simone de Beauvoir , déjà, avait pointés du doigt, de plonger en soi-même. Je le vois, je le vis comme une immersion. Pas à pas. En m'affranchissant du résultat. Je perçois bien (...) combien il peut être difficile de renoncer à être cette fille ou ce fils parfait, ce mari ou cette femme idéale, pour devenir soi-même, en cohérence avec ses émotions, ses ressentis puis ses choix. Autant de moyens que nous possédons pour déterminer avec le plus de justesse et de fidélité ce qui est bon pour nous. 

(....)

On peut assimiler une émotion à une vague : si la vague est laissée libre, elle s'exprime puis s'apaise. Mieux vaut donc ne pas subir les émotions, ni les nier, mais les reconnaître, les laisser nourrir le flux de vie en nous sans s'y attacher. Notre époque leur donne beaucoup de valeur : nous vivons dans des excès émotionnels permanents, qu'il s'agisse de ceux proposés par les informations télévisées, le cinéma, les romans à succès. Or, si la reconnaissance de ce que l'on ressent, en particulier au niveau émotionnel, est un préalable nécessaire, il s'agit de ne pas s'y arrêter, ni d'en faire la finalité de notre réalité, de ne pas s'identifier aux émotions mais bien de chercher à les maîtriser et dépasser cette manière de voir afin d'avancer sur son chemin de vie vers davantage de sagesse et d'harmonie. Par exemple, chacun de nous peut se dire à l'intérieur de lui-même : « Je peux prendre acte que je suis en colère mais je ne suis pas ma colère. En revanche, celle-ci est un indicateur qui souligne éventuellement que je dois davantage me protéger ou que je dois demander quelque chose à quelqu'un afin que je me sente mieux respectée. » Nos émotions, nos sentiments peuvent êtres vus comme des indicateurs de notre réalité, des porteurs de notre pouvoir nous indiquant dans quelle direction nous devons regarder. Une telle maîtrise des émotions suppose quelques préalables et non des moindres puisqu'il s'agit de prendre à 100% la responsabilité de sa vie, de renoncer à avoir du pouvoir sur quiconque et de renoncer à donner du pouvoir à quiconque, pour vivre sa vie en autonomie. Selon moi, c'est sûrement ici que commence la vraie liberté. Dans l'action. »

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