mercredi 7 juin 2017

« You don't have to love your body »

« Vous n'êtes pas obligés d'aimer votre corps »

Pour retrouver l'article original c'est ici →

Illustration de l'article d'origine

I - Un constat troublant

C'est surprenant non ? Dans un ère actuelle où on lutte contre les discriminations, contre le "bodyshaming" (fait d'humilier quelqu'un pour son corps, peu importe la raison) et pour l'amour de soi, lire ce genre de titre, à première vue fait un drôle d'effet.

Cet article, originellement publié sur le site theestablishment.co il y a quelques temps est écrit par Ijeoma Oluo, écrivaine et oratrice. Il m'a tout d'abord rendu curieuse, puis, en me forçant à prendre un recul dont nous manquons cruellement, m'a fait beaucoup de bien.

J'ai donc décidé de me lancer dans une transmission et interprétation libre (et en français) sur le blog, afin de partager ce message qu'est "hey mesdames, relativisez!".

Je précise simplement que chaque ligne s'appuiera sur les mots de l'autrice et que, régulièrement, ses propos d'origines seront cités entre guillemets (et en anglais), pour plus d'authenticité.

II - Une époque paradoxale

Actuellement, de nombreux facteurs jouent dans la dévalorisation de l'image que nous pouvons avoir de notre apparence physique : photos de magazines retouchées avant publication, normes sociales toujours plus exigeantes, harcèlement de rue... Et pourtant, paradoxalement, chaque jour nous pouvons trouver de nouveaux articles, livres, campagnes photos ou vidéos classées "développement personnel", qui nous incitent à aimer notre corps, à le trouver beau.

Dans ce flot d'informations contradictoires, aimer son corps est presque devenu un véritable objectif de vie, une pression que beaucoup, notamment de femmes, s'imposent et qui n'est -contrairement à ce que l'on peut imaginer- pas toujours très saine.

« Someone might quietly say, like a guilty confession :
i'm trying really hard to love my body, but... I just can't »

Il n'est donc pas rare, aujourd'hui, de culpabiliser, non pas à cause de notre apparence, mais à cause du fait que nous ne parvenons pas à l'aimer, alors que nombre de personnes nous rappellent constamment qu'il le faudrait, que nous devrions, que nous n'avons "pas de raison" de ne pas le faire, parce que nous méritons cela. Recommandations qui, ayant une visée bienveillante, peuvent finalement avoir l'effet inverse et donner la sensation que ce blocage que nous ressentons, cette incapacité à aimer notre propre corps est simplement illégitime.

« You deserve to feel beautiful »

Alors oui, aimer son corps pour ce qu'il est, est une véritable belle chose, c'est pour certains un moyen de débuter une acceptation de soi plus globale, un point de départ, ou une finalité dans un processus d'épanouissement personnel et je pense que si aimer son corps est un biais pour certains de s'aimer eux-même et de se sentir fiers, alors oui, c'est indéniablement une belle chose.

III - Une autre alternative

Mais, aimer son corps n'est pas la seule alternative à la haine de celui-ci.

« To the norm established by white patriarchal society (...)
the alternative to hating our bodies (...) is to love our bodies »

L'important ici, est de prendre le recul nécessaire pour réaliser que votre corps ne vous défini pas, par là il faut exclure les marques qui définissent qui vous êtes, les couleurs de cheveux, maquillages, vêtements etc qui sont des items choisis pour valoriser qui vous avez choisi de montrer à cet instant, précisément car ce sont des choix, ce sont des éléments changeants et temporaires, qui expriment votre humeur et votre personnalité, de même que les mots que vous employez et le ton que vous prenez. De cette manière qu'ils sont également des moyens d'expression, au même titre que la musique, le dessin, le théâtre... Ce sont des éléments qui, sommes toutes, vous sont extérieurs. 

Votre corps lui, vous appartient, vous vivrez avec lui de votre naissance à votre mort, il vous suivra dans chaque étape de votre vie, en gardera parfois les stigmates et les cicatrices, mais il ne vous définira jamais entièrement, pour autant.

IV - Philosophie de la neutralité

La phrase de cet article qui lors de ma lecture il y a un peu plus d'un an, m'avait le plus marqué, et continue de me revenir aujourd'hui par moments, est la suivante : 

« Most days, I didn't love my body, I didn't anything my body »

Traduisez par : la plupart du temps, je n'aime pas mon corps, je ne "rien" mon corps.

Dans ce monde de vents contraires vous demandant tantôt de vous plier aux normes établies, tantôt de vous aimez tels que vous êtes, n'y aurait t-il pas un juste milieu à adopter ? Une forme de neutralité envers son apparence physique qui partirait du postulat que de ne pas aimer son corps ne signifie pas le détester, et vice versa.

Une neutralité qui -surtout- ne considèrerai plus les humains comme des êtres avant tout fait de chair mais plutôt comme des émotions, des idées, des avis, des envies réunies dans une enveloppe servant à les tenir tous ensemble ? Et partant de ce postulat, n'est-ce pas cet ensemble d'informations dont l'importance primerait sur l'apparence ? Et si, nous cessions de culpabiliser un jour parce que nous sommes trop grosses, trop petites, que nos cheveux sont trop épais et nos jambes pas assez élancées et de culpabiliser le lendemain parce que nous ne parvenons pas à accepter tout cela malgré tout ? Et si, nous cherchions une route qui nous apprendrait à cesser de culpabiliser ?

V - Se détacher de l'enveloppe pour se tourner vers soi

Il me semble vous entendre penser : lorsque nous nous offrons des moments justement tournés vers ce corps, lorsque nous faisons du sport, cuisinons un bon repas, appliquons un masque sur nos cheveux, une crème pour rendre les mains plus douces.. N'est ce pas alors hypocrite de dire que nous sommes entièrement neutre à l'amour que nous y portons ?

En vérité, nous sommes libres de penser qu'il s'agit de tant de moments qui sont bien plus profonds que cela, en effectuant ces actions, nous nous détendons, nous profitons d'un moment de calme, de réflexion, nous nous accordons quelques attentions envers nous-mêmes, ou plus terre à terre, nous entretenons notre corps.

Car attention, décider d'abandonner cette lutte acharnée à l'amour de notre enveloppe physique ne veut pas nécessairement dire que nous nous délaissons. Bien au contraire, nous faisons le choix de nous tourner vers nous-même et d'oeuvrer pour ce qui nous fera le plus de bien, non plus à notre aspect extérieur mais à notre soi intérieur, à notre esprit certes mais également à notre éthique ou à notre santé.

Accepter que ne pas aimer son corps n'est pas fondamentalement quelque chose de grave, que de ne pas aimer son corps ne veut pas dire que nous le détestons. Accepter que nous ne nous résumons pas à cette enveloppe et lui rendre son rôle premier, celui de vecteur. Laisser à ceux qui aiment cette apparence le droit de se sentir ainsi épanouis, et le temps à ceux qui la détestent, de choisir comment gérer cette situation...

Je terminerai sur un morceau de l'article que j'ai voulu traduire entièrement, car je trouvais qu'il résumait parfaitement toute l'essence de cette notion de neutralité dont je parle ci-dessus. (amis anglophones, pardonnez les quelques maladresses que vous décèlerez peut-être, la capacité de traduction n'est pas la première de mes compétences)

« Your body isn't a big deal most of the time. It's a big deal on those occasions where you look in the mirror and think "damn, this is one sexy vessel." It's a big deal when it's doing very hard things, like running a marathon, birthing a baby, dancing ballet, or pulling someone from a burning building. It's a big deal when it stops working as designed, when a bone breaks or a heart stops. But most days, your body is your basic container while you live your life.
Yes, your body is important, but you don't have to love it. »

« La plupart du temps, votre corps n'est pas une priorité. C'en est une lors d'occasions spéciales, quand vous vous regardez dans le miroir et pensez "bon sang, que je suis sexy!". C'est une priorité lorsqu'il accomplit de durs objectifs comme courir un marathon, donner naissance à un enfant, danser dans un ballet ou tirer quelqu'un hors d'un immeuble en feu. C'est un enjeu important quand il cesse de fonctionner correctement, quand un os se casse ou que le coeur s'arrête. Mais la plupart du temps, votre corps est l'enveloppe d'origine qui vous permet de vivre votre vie. Oui, votre corps est important, mais vous n'êtes pas tenus de l'aimer. »

Prenez soin de ce corps pour ce qu'il est avant tout : le vaisseau qui vous porte, l'enveloppe qui vous permet de vivre, de réaliser les projets dont vous rêvez ou les envies qui vous animent. Soignez le, préservez le et si un jour, vous vous surprenez à l'aimer alors soit, mais si tel n'est pas le cas, ne vous en voulez pas : vous êtes bien plus que ça.

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