samedi 17 octobre 2015

Historique et pratique de la Oui-Ja

Avant d'aborder la question de la pratique ouija, remontons aux racines de celle-ci, à la divination,  « l'art occulte de découvrir ce qui est inconnu par des moyens non rationnels », utilisée depuis l'époque de la Grèce antique avec les célèbres oracles, réponses des dieux à une question posée concernant généralement le futur et rapportée par un intermédiaire choisi par le Dieu en question. La plus célèbre reste la Pythie, oracle d'Apollon à Delphes. 

De plus, la pratique de la divination tire elle ses origines du spiritisme. Ayant vu le jour dans les années 1850, et inspiré de la nécromancie*, il est mis en lumière par le français Allan Kardec, premier philosophe spirite et auteur du "livre des esprits"
et Kate, Leah et Margaret, les sœurs Fox qui ont grandement participé à répandre le principe des tables tournantes, pratique pendant laquelle, après avoir instauré un sens de réponse et apposé ses mains sur le bois du plateau, la table tournait en fonction de la réponse de l'esprit. 

*La nécromancie, beaucoup pratiquée au Moyen-âge, consiste à invoquer les morts (le plus souvent une personne en particulier afin de l'interroger sur un questionnement bien précis) en utilisant notamment ses ossements, procédé qui nécessitait de profaner les sépultures.

Dans ces années, le spiritisme et plus particulièrement la divination connaissent un essor phénoménal qui les place au centre de nombreux débat et attirent de plus en plus les curieux et désireux d'en apprendre plus sur le monde de « l'au delà » . Plus tard, suite à la mort d'Allan Kardec et à la condamnation par l'église de cette pratique, celle-ci commencera à s'essouffler, retrouvant une certaine dynamique à la fin du 20ième siècle, mais de manière nettement plus discrète.

Etymologiquement, le terme « ouija » vient du rassemblement du français « oui » et de l'allemand « ja » voulant dire oui également. Ce terme fait référence à la réponse généralement attendue lorsque l'on pose la célèbre question « esprit es-tu là ? »

La planche ouija est un outils permettant la communication avec les esprits, les âmes et entités par le biais d'une planche et d'un pointeur, la plupart du temps en forme de goutte et pourvu d'une petite loupe. Généralement en bois, la planche est lisse comporte gravés ou peint à sa surface les 26 lettres de l'alphabet plus les mots « oui » « non » et « au revoir » .


La planche ouija est une héritière et une version différente et évoluée de plusieurs outils de divination. Par exemple les planchettes chinoises, utilisées lors de la dynastie Ming, sorte de plateau recouvert de cendre sur lequel un stylet en forme de « Y » traçait des formes, de sorte à répondre aux questions posées. Un outil similaire dont le nom ne fut jamais déterminé aurait aussi été utilisé par les Pythagoriciens dans les années 500 av. JC

En 1880, Hudson Tuttle lance le « psychographe », premier jet de ce qui deviendra plus tard la ouija, une tablette représentant les 26 lettres de l'alphabet inscrites en cercle et comportant en leur centre, un plateau tournant et un pointeur.

C'est en 1891 que Charles Kennard et Elijah Bond décident de breveter le principe de la « planche de divination », commercialisée en 1901 puis rachetée en 1966 par Parker Brothers, du groupe Hasbro, qui déposera la marque officielle « ouija » .

Il existe une autre planche, la Ziriya, beaucoup plus précise et complexe que la ouija. Très grande et comportant, en plus des éléments traditionnels, plusieurs concepts, des idées, des mots communs..

La planche ouija est sans doute, au delà d'être le moyen le plus fréquemment utilisé en divination et un but de communication avec les morts, la pratique la plus représentée et représentative de l'occultisme dans l'imaginaire commun. 

C'est par exemple en voyant celle-ci leur "parler" de façon inattendue et surprenante, que les sœurs Halliwell découvre qu'elles sont en réalité des sorcières dans la série "charmed", au cours de la série, elles l'utiliseront régulièrement pour communiquer avec leurs ancêtres. 

C'est par le biais d'une planche ouija, en souhaitant invoquer un esprit contrôlé que la jeune fille se fait posséder par le démon, dans le film l'exorciste de William Friedkin en 1973.

Dans la littérature, les films ou dans les séries, la pratique de la planche ouija est donc assez commune, films d'horreur, comme vecteur démoniaque ou dans un but de recherche voire même dans certaines série dans un but ironique de détournement. On pourrait évoquer "le fléau" de Stephen King, l'épisode 6 saison 3 de American horror story, certains épisodes de ghost whisperer, de pretty  little liars, docteur House, friends et même dans un épisode des feux de l'amour..


Pourquoi pratique t-on la ouija ? 

La grande majorité du temps, pour obtenir des réponses. Cela peut être sur des questions personnelles, des interrogations sur une vie antérieurs, un événements, un doute.. Cela peut être pour questionner ou avoir un contact avec un proche décédé.. La motivation peut également être purement généreuse, dans le but de venir en aide à certains esprits coincées dans deux mondes car cherchant à accomplir un but en particulier. Cette capacité, demandant du temps ainsi que du travail est appelée la médiumnité psychopompe ou encore le don de « passeur d'âmes » .

Le déroulement d'une séance est sommes toutes plutôt simple et intuitif. Les participants placent leurs mains sur le pointeur (ou sur le verre) posé sur la planche et font part à voix haute de leur volonté de contact avec quelqu'un. Il faut de plus penser à bien demander à l'esprit de quitter la conversation et placer le pointeur sur "au revoir" avant de lâcher ou quitter la communication.

Il est souvent conseillé d'être plusieurs lors de ces séances, et de s'être renseigné avant sur les risques et l'utilité d'une telle pratique. La pluralité va servir d'une part à canaliser les mouvements de panique si quelque chose ne se passe pas bien mais également à confirmer l'objectivité des déplacements du pointeur.

Peu importe ce pourquoi nous en arrivons à entreprendre une séance ouija et les conditions dans laquelle elle a lieu, il existe quelques principe qu'il convient de respecter, et quelques points qu'il faut garder en tête : 

1. Comme avant et après toute manipulation d'énergie qu'elle soit humaine ou non, il est également recommandé voire obligation de nettoyer, purifier et protéger le lieu ainsi que les personnes présentes. Par de l'encens, des pierres, des rituels. (cette partie du déroulement est très importante car elle permet aussi de rassurer les participants). Nous traiterons ce point de façon plus approfondie dans un prochain article de ce chapitre. 

2. Garder son calme, se détacher des superstitions et maîtriser ses émotions. Les entités dites de "bas astral" utilisent l'énergie humaine et notamment celle des "appelants" pour régénérer la leur. Or le chagrin, la peur et surtout la colère sont les émotions les plus pourvues d'énergie (négative certes, mais énergie quand même). Soyez donc sûr d'être en paix avec vous, avec ce que vous risquez de vivre et ce que vous pouvez apprendre. Ne pratiquez pas si vous êtes dans une période de mal-être trop important et sachez exactement pourquoi vous entreprenez la séance. Avant de prendre le risque de se confronter à un « démon » , soyez sûrs d'avoir combattus ou du moins, de ne pas nourrir les votre.

 3. Ne pas oublier que quelqu'un de mort a été vivant. Chaque communication nécessite donc au même titre que si vous étiez face à un humain, du respect, de l'écoute et un dialogue équilibré. 

La ouija est une pratique qui comporte néanmoins des limites, de nombreuses critiques et des dangers d'interprétation.

La remise en doute des mouvements effectués par le pointeur est la plus courante. Il s'agit là de l'évocation d'un effet idéomoteur soit de micro-mouvements musculaires inconscients. Le fait de penser à une réponse ou de s'attendre à celle-ci déclencherai de petits mouvements quasi imperceptibles et surtout inconscients, qui suffiraient à faire bouger la goutte. Ainsi, même la personne qui en est à l'origine peut être persuadée qu'elle a bougé "toute seule". 

L’illusionniste James Randi a d'ailleurs dit à ce sujet « Lorsque les participants ont les yeux bandés, le curseur ne trouve plus les lettres et les messages donnés par la planche n'ont pas de sens » 

Ainsi cette pratique a souvent été décrite comme peu fiable voire comme un canular. Et son utilisation s'est parfois posée au rang de simple jeu de société. Comme dans cette version commercialisée en 2010 par Hasbro et qui a très vite déclenché un scandale et dont le retrait de la vente fut rapide : 


Les deux utilisations qui sont le plus à risques de cette pratique sont sans aucun doute d'abord celle qui est faites par les 15-25 ans pour « se faire peur » et considérant cette pratique comme un jeu. Au delà du fait que les enjeux soient réels, il s'agit surtout ici du danger de "l'effet de masse" car il est assez courant que la moindre réaction de la planche entraîne surprise et terreur chez les participants et prenne une ampleur énorme du fait du nombre. Enfin, la seconde utilisation qui malheureusement est aujourd'hui plus courante que les autres ; le charlatanisme. Se reposant sur le besoin et la fragilité de personnes vivant un deuil ou de forts questionnements existentiels, il devient facile d'entreprendre une manipulation mentale.

En conclusion de cet article sur la communication avec les morts et notamment à propos de la pratique ouija, il conviendrait de dire que c'est une possible manière de répondre à des questions, d'entreprendre une recherche sur le paranormal, mais qu'il y a un certain nombre de mesures à respecter. Et que comme toute pratique occulte, il faut faire preuve de distinction, de recul et prendre le temps, de préparer, de se renseigner, travailler et savoir auto-évaluer sa capacité à recevoir des réponses.